Avant 1959, Tursac n'avait pas l'eau courante : le village vivait de ses sources, de ses lavoirs et de la Vézère. Petite plongée dans le Tursac de l'eau, des ruisseaux des collines aux quatorze lavoirs, jusqu'à la source qui fit jaillir une chapelle.
On résume souvent Tursac à la Vézère, et c’est vrai que la rivière n’est jamais loin. Mais pendant des siècles, ce ne sont pas ses eaux qui ont fait vivre le village au quotidien : ce sont les petites sources des collines, et les lavoirs qu’elles alimentaient. Voici Tursac raconté par son eau.
Une vallée, tout un réseau d’eau
La Vézère traverse la commune du nord-est au sud-ouest sur 8,5 kilomètres, et lui sert même de frontière naturelle face à Peyzac-le-Moustier d’un côté, face aux Eyzies de l’autre. C’est l’épine dorsale, celle qu’on voit.
Mais elle n’est pas seule. Plusieurs petits cours d’eau complètent le tableau : la Grande Beune longe la commune au sud avant de rejoindre la Vézère vers Les Eyzies, le Vimont marque la limite côté nord-est, et le ruisseau des Fangues arrose le nord du territoire. Mises bout à bout, toutes ces eaux forment un réseau d’une quinzaine de kilomètres.
Le bourg, lui, n’est pas posé sur la berge de la rivière. Et c’est tout le sujet : pour l’eau de tous les jours, Tursac a longtemps dépendu de ses sources.
Avant 1959, on vivait de ses sources
Difficile à imaginer aujourd’hui, mais dans les années 1940, personne n’avait l’eau courante à Tursac, pas même le château. Le village était entièrement approvisionné par ses sources. L’eau potable de la source de la Combe arrivait jusqu’au lavoir du bourg, et d’autres sources, sur les collines, alimentaient les différents lavoirs où les habitants venaient se servir.
Aller chercher l’eau, c’était une affaire de tous les jours. On remplissait des bidons à la source, on les rapportait, parfois sur plusieurs centaines de mètres. La même eau servait ensuite à nettoyer les aliments, laver la vaisselle, frotter le sol. Quant à l’eau chaude, il fallait la faire chauffer dans la marmite de la cheminée.
« Avant on allait chercher l’eau au puits. Il y a un grand baquet en pierre contre le puits, c’était là que buvaient les animaux. Pour l’usage ménager, on allait chercher l’eau au puits et on la portait sur l’évier. »
Ces souvenirs, ce sont ceux des anciens du village, recueillis dans le livre Tursac, une histoire méconnue. Une habitante y résume la corvée en trois mots : « une tâche quotidienne ». De ce point de vue, comme le dit le livre, rien n’avait vraiment changé depuis le Moyen Âge.
Tout bascule à la fin des années 1950. Grâce à une subvention obtenue en 1959, le réseau d’eau peut être installé, et la première adduction d’eau du village est construite vers 1961, sous le mandat du maire Yves Lespinasse, avec la station d’épuration de la Lambertie. Pour les habitants, ce fut une révolution.
Les lavoirs, le cœur battant du quotidien
On ne compte pas moins de quatorze lavoirs sur la commune. Quatorze, pour un seul village : cela dit assez la place qu’ils tenaient dans la vie d’autrefois. La plupart ont été créés par la commune au XIXe siècle, pour améliorer l’hygiène des habitants.
Et contrairement à une idée reçue, on n’allait pas au lavoir pour laver le linge, mais surtout pour le rincer, ce qui demandait beaucoup d’eau courante, justement fournie par les sources et les ruisseaux. C’était le domaine réservé aux femmes. Chaque lavandière apportait son matériel : brosse, battoir, brouette, et un « carrosse » en bois pour protéger ses genoux. Si la plupart des lavoirs se trouvent un peu à l’écart des hameaux, c’est à la fois pour la propreté de l’eau et pour mettre les femmes à l’abri des regards.
Plusieurs de ces lavoirs et de leurs sources se voient encore aujourd’hui :
- le lavoir communal et la source Saint-Julien, au bourg ;
- le lavoir et la source de La Peyrière, à l’emplacement d’un ancien petit hameau dont on suppose qu’il remonte à l’époque mérovingienne, et dont des traces subsistent ;
- le lavoir de Fontpeyrine, alimenté par deux sources.
Au bourg, une source et l’ancien presbytère
L’eau ne se cache pas que dans les vallons : il y en a une au cœur même du bourg. À deux pas de l’église, l’ancien presbytère a connu mille vies. En 1872, l’école des filles s’installe dans ses dépendances, tenue par les religieuses du Sacré-Cœur. Plus tard, le bâtiment devient un café, le « bistrot de la Source », chez Pierre Bouynet, que tout le monde appelait « l’ami Pierre » : c’est là qu’on a posé, en 1960, la toute première cabine téléphonique publique du village.
Aujourd’hui, ce même ancien presbytère, daté de 1747, abrite le restaurant La Source. Et il porte bien son nom, car une source traverse encore son jardin. Une jolie manière de rappeler qu’à Tursac, on n’est jamais bien loin d’un filet d’eau.
Fontpeyrine, la source qui a fait une chapelle
C’est la plus belle histoire d’eau du village. Nichée au cœur d’un sombre vallon de châtaigniers, à l’écart du bourg, la petite chapelle de Fontpeyrine veille sur sa fontaine et son oratoire. Sa porte reste toujours ouverte. Le nom lui-même parle de pierre et d’eau : peyre signifie « pierre » en occitan, et l’on traduit volontiers Fontpeyrine par « fontaine de pierre ».
La légende, elle, existe en plusieurs versions, mais le canevas est toujours le même. Un paysan mène paître ses bœufs lorsque l’un d’eux se met à gratter le sol, ou à lécher obstinément une pierre plate. Intrigué, l’homme creuse, soulève la pierre, et découvre dessous une statue de la Vierge. On porte la statue à l’église du village, mais le lendemain elle a disparu : elle est revenue toute seule à sa source. Le seigneur de Marzac aurait essayé à son tour de l’emporter dans la chapelle de son château ; rien n’y fait, la statue revient encore. Renonçant, il fait alors bâtir une chapelle sur place, et une source d’eau limpide jaillit tout près, signe d’apaisement.
Cette eau passa dès lors pour un remède, et l’on raconte qu’elle valut des guérisons : aujourd’hui encore, des plaques d’ex-voto, parfois récentes, tapissent la façade de l’oratoire. Au pied de la source pousse un étrange buisson d’aubépine d’environ huit mètres de haut, l’aubépine étant depuis toujours un symbole de pureté.
Un dernier détail scelle l’attachement du village à ce lieu. En 1769, une terrible tempête ravagea le Périgord mais épargna Tursac et Fontpeyrine, comme par miracle. En remerciement, les paroissiens firent le vœu de venir chaque année en procession à la fontaine pour la fête de la Nativité de la Vierge, le 8 septembre, une tradition qui a longtemps réuni le village.
Suivre l’eau aujourd’hui
Le plus simple pour découvrir tout cela, c’est de marcher. L’association Evasion Culturelle à Tursac a balisé la Boucle de la Vierge, un chemin du petit patrimoine de 6,6 kilomètres au départ de l’église, facile, balisage jaune. Il passe justement par les lavoirs, les sources et la chapelle de Fontpeyrine. De quoi relier, en une matinée, toutes les histoires d’eau de ce village.
Envie d’en savoir plus ?
Les souvenirs des anciens et le détail du petit patrimoine viennent du livre Tursac, une histoire méconnue, de Kati et Jean-Louis Gallo, une mine pour qui veut connaître le village. Pour la balade, le chemin du petit patrimoine de Tursac est l’œuvre de l’association Evasion Culturelle à Tursac (ecatursac.fr). Les longueurs des cours d’eau, elles, proviennent des données publiques du réseau hydrographique français (SANDRE).
Où se trouve le site ?
Fontpeyrine, Tursac